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Paroles de la chanson Une mélodie par Grand Corps Malade

Album : Voir la mer

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Paroles de la chanson Une mélodie par

Alors j′ai taillé la route, on en parlait, on l'a fait
Une valise chacun et tout à gagner
Quatre vols aller simple et des sourires parfaits
Pour faire de Montréal mon réel d′une année
C'est pas qu'j′ai voulu fuir mais j′vais pas mentir
La France et ses clivages ne m'ont pas manqué
J′ai pas voulu fuir, bien sûr j'allais revenir
Mais j′avais plus besoin d'Paris pour m′alimenter

On s'est offert le luxe de s'réveiller ailleurs
Vers d′autres lumières, d′autres mentalités
Trouver une autre soif et un autre moteur
Et découvrir des terrasses, ma vraie spécialité
Montréal, c'est la grande ville au rythme d′un village
Beaucoup d'possibilités, pas trop d′interdits
C'est bien l′esprit d'liberté qu'on envisage
Montréal, c′est pas une ville, c′est un mood, une mélodie

À Montréal, c'est bien la nature qui dirige
Et on redécouvre qu′une année a quatre saisons
Elle impose son rythme, elle contraint, elle exige
Tu peux négocier, c'est elle qui a raison

Le grand hiver de Montréal, celui qui tourmente
J′ai découvert qu'en fait il rapproche les gens
Tous égaux et tous humbles quand il fait moins trente
Et un objectif commun en sortir vivants
Mais l′hiver, c'est pas seulement les températures
C'est une œuvre d′art pour les yeux, les oreilles
Les maisons, trottoirs, parcs et voitures
Sont couverts d′un velours blanc surnaturel

Puis la ville est plongée dans une immense sourdine
Où on distingue le murmure feutré des flocons
Chacun d'nos pas crisse comme une caresse intime
Chaque bruit est un secret gardé dans un cocon
Et comme l′hiver est long, le printemps est un sauveur
Il arrive en héros comme on l'avait prédit
Les rues retrouvent du son, de l′énergie, des couleurs
Montréal, c'est pas une ville, c′est un mood, une mélodie

À chaque coin d'rue d'Montréal t′as une langue différente
Des gueules du monde entier et des accents délicieux
Ça donne une mosaïque d′une harmonie étonnante
Et le fleuve Saint-Laurent en témoin silencieux
Quand ça parle en français, ça tutoie à tour de bras
Comme si tout Montréal était ton voisin
Mine de rien ça rapproche, tu t'sens partout chez toi
Comme si tout Montréal était ton cousin

J′ai vu le gris clair des pavés d'la vieille ville
Les façades colorées des maisons du plateau
Le vert de tous les parcs, doit y en avoir deux mille
Et tous les cônes oranges le printemps des travaux
J′ai aimé mon balcon, voir les couleurs du ciel
Les arbres du Mont Royal qui racontent les saisons
J'ai entendu les rires des enfants des ruelles
Et nos cœurs battre fort en quittant la maison

On a laissé l′Québec des souvenirs à la pelle
Des images plein la tête quand j'y pense aujourd'hui
J′ai un pincement au cœur et souvent j′me rappelle
De Montréal, de son mood et de sa mélodie

Que racontent les paroles de la chanson Une mélodie de Grand Corps Malade ?

Une valise et tout à gagner

Il y a des décisions qui changent la couleur d'une année entière. Celle de Grand Corps Malade — poser quatre valises à Montréal avec les siens, claquer la porte de Paris sans vraiment la claquer — appartient à cette catégorie. « Une mélodie » commence là, dans l'élan d'un départ qui n'est pas une fuite mais qui y ressemble juste assez pour qu'il faille le dire.

Ce qu'on sent d'emblée dans le texte, c'est une respiration retrouvée. Montréal, c'est « la grande ville au rythme d'un village », un endroit où les possibilités s'ouvrent sans que les interdits se referment aussitôt. Quelque chose de moins contracté, de moins saturé. On devine en creux la France qu'il a quittée — ses tensions, ses clivages — sans que le texte s'y attarde. Il préfère regarder devant.

Quand l'hiver prend la parole

La chanson bascule vraiment quand arrive l'hiver. Pas l'hiver qu'on redoute, celui des clichés et des doudounes, mais un hiver qui impose sa loi avec une autorité presque bienveillante. Grand Corps Malade décrit une ville qui se tait sous la neige — les trottoirs, les parcs, les voitures enveloppés d'un « velours blanc surnaturel » — et dans ce silence, quelque chose d'inattendu : la proximité entre les gens. Moins trente degrés, et soudain tout le monde est pareil, humble, solidaire. Survivre ensemble comme objectif commun.

Puis le printemps arrive « en héros », et avec lui le bruit, les couleurs, l'énergie qui revient dans les rues. Ce cycle des saisons, Grand Corps Malade le vit comme une leçon que Paris, avec son gris tempéré toute l'année, n'avait jamais pu lui donner.

Ce que Montréal laisse derrière

Le tableau final est celui d'une ville aimée dans ses détails — le balcon, les ruelles où rient les enfants, les arbres du Mont-Royal, et même les cônes oranges du printemps, symboles absurdes et tendres des éternels travaux. On quitte le texte avec ce « pincement au cœur » qu'il évoque lui-même, le genre de nostalgie qu'on ne regrette pas d'avoir, parce qu'elle prouve qu'on a vraiment vécu quelque chose là-bas.

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