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Paroles de la chanson La Corrida par Francis Cabrel

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Paroles de Francis CABREL
Musique de Francis CABREL
© CHANDELLE PRODUCTIONS - 1993

Paroles de la chanson La Corrida par

Depuis le temps que je patiente
Dans cette chambre noire,
J’entends qu’on s’amuse et qu’on chante
Au bout du couloir.
Quelqu’un a touché le verrou
Et j’ai plongé vers le grand jour
J’ai vu les fanfares, les barrières
Et les gens autour.

Dans les premiers moments, j’ai cru
Qu’il fallait seulement se défendre.
Mais cette place est sans issue,
Je commence à comprendre.
Ils ont refermé derrière moi,
Ils ont eu peur que je recule.
Je vais bien finir par l’avoir
Cette danseuse ridicule...

Est-ce que ce monde est sérieux ?

Andalousie, je me souviens :
Les prairies bordées de cactus...
Je ne vais pas trembler devant
Ce pantin, ce minus !
Je vais l’attraper, lui et son chapeau,
Les faire tourner comme un soleil !
Ce soir, la femme du torero
Dormira sur ses deux oreilles.

Est-ce que ce monde est sérieux ?

J’en ai poursuivi des fantômes
Presque touché leurs ballerines
Ils ont frappé fort dans mon cou
Pour que je m’incline
Ils sortent d’où ces acrobates
Avec leurs costumes de papier ?
J’ai jamais appris à me battre
Contre des poupées


Sentir le sable sous ma tête
C’est fou comme ça peut faire du bien
J’ai prié pour que tout s’arrête
Andalousie je me souviens
Je les entends rire comme je râle
Je les vois danser comme je succombe
Je ne pensais pas qu’on puisse autant
S’amuser autour d’une tombe

Est-ce que ce monde est sérieux ?
Est-ce que ce monde est sérieux ?

Si, si hombre, hombre
Baila baila
Hay que bailar de nuevo
Y mataremos otros
Otros vidas, otros toros
Y mataremos otros
Venga, venga
Venga, venga a bailar…

Que racontent les paroles de la chanson La Corrida de Francis Cabrel ?

Une voix dans l'obscurité

Il y a quelque chose de particulièrement troublant dans les premières secondes de "La Corrida" : on ne sait pas encore qui parle. Une créature attend dans le noir, elle entend des rires au bout d'un couloir, elle perçoit une agitation confuse. Et puis la lumière, brutale — les barrières, la foule, les fanfares. C'est à ce moment qu'on comprend. Et cette compréhension change tout.

Francis Cabrel a choisi de raconter une corrida depuis les cornes du taureau. Pas depuis les gradins, pas depuis la cape du matador. Depuis l'intérieur. Et ce choix narratif transforme une chanson en expérience.

La fête des autres

Ce qui frappe au fil des couplets, c'est le gouffre entre ce que vit le taureau et ce que ressent la foule. Lui cherche à survivre — il ne sait même pas vraiment comment, lui "qui n'a jamais appris à se battre contre des poupées". Eux s'amusent, rient, dansent. "Je les entends rire comme je râle, je les vois danser comme je succombe" : la symétrie de ces deux vers est glaçante, presque chorégraphique dans son horreur. Cabrel ne hurle pas, ne milite pas avec des slogans. Il décrit. Et dans cette description se loge quelque chose d'insupportable.

Il y a aussi cette tendresse inattendue quand le taureau se souvient — "Andalousie, je me souviens, les prairies bordées de cactus" — une mémoire d'avant, d'un temps où le soleil avait un autre goût. Ce flash-back au milieu du chaos donne à la chanson une dimension presque proustienne, aussi étrange que ça puisse paraître.

Ce soir, et tous les autres soirs

La fin espagnole — "mataremos otros, otros vidas, otros toros", qu'on pourrait traduire par "nous en tuerons d'autres, d'autres vies, d'autres taureaux" — est peut-être le coup de grâce véritable de la chanson. Pas une tragédie unique, pas un destin singulier : une habitude. Le spectacle continue, la roue tourne, et le refrain "Est-ce que ce monde est sérieux ?" résonne longtemps après que la musique s'est tue. Cabrel n'impose aucune réponse. Il laisse la question suspendue, et c'est précisément là que réside sa force.

Paroles.net dispose d'un accord de licence de paroles de chansons avec la Société des Editeurs et Auteurs de Musique (SEAM)

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