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Paroles de la chanson La soeur de la vie par Saïf

featuring : Khali

Paroles de la chanson La soeur de la vie par

La, lalala, lalala, lala
La, lalala, lalala
La, lalala, lalala, lala
La, lalala, lalala

[Saïf]
Mère ne m'voit plus comme son enfant d'antan (c'est sale), 84, baise le monde en dansant
Pour qu'il soit pris au sérieux, qu'une seule option, fumer l'grand qui l'voit comme un enfant (trash, trash, trash)
De toute notre vie, on n'a jamais pris l'bon sens (jamais), c'est du plâtre, il en a pas conscience
P'tit frère, tu veux un conseil pour empiler du 'seille ? (sale, sale) Traîne avec les Hommes de bonne science (sale, sale, sale)
On veut tous finir pépélé, le shit a changé, bâtard, c'est huit balles la 'quette
Le fer et un maniement qui va avec, trois diplômes, zéro travail, gros, c'est pas la fête (pas la fête)
J'ai vu tous mes rêves d'enfant s'envoler, comme cette saleté d'fumée que j'recrache par la fenêtre (cette salope)
J'dessine ma réalité au feutre et pour les couleurs, certains billets f'ront l'affaire (sale, sale, sale, sale, sale)
Il m'dit : "Saïf, j'ai des voix dans la tête", comment l'aider si j'ai l'même problème que lui ?
Mon wess-wess fait des drames, en pleine gamberge, dans une allemande, bâtard, j'ai pas les mêmes ennuis (pas les mêmes)
Static U.S nourrit mes insomnies ('somnies), le frère s'est encore fait soulever dans son lit (c'est sale)
Une affaire sordide, la fierté dans la poche, il a pris pour tout l'monde en disant qu'c'était lui (il a pris pour tout l'monde)
Eux, c'est des salopes, ils nous ressemblent pas (jamais), ils reviennent me voir avec cinq ans d'retard
"Saïf, moi, j'ai toujours cru en toi", mais dis-moi t'étais où quand c'était que l'départ ? (sale, sale, sale, sale, sale)
Y a rien qui fait plus mal que l'espoir, 3amti attend son fils depuis longtemps
On a plus foi en la vie, son visage ridé, tu peux l'apercevoir patienter au balcon

[Khali]
J'm'en remets pas, j'm'en remets pas, va falloir me laisser ici
Vu mon état, cette mosseba ne va pas me laisser en vie
J'te tends ma main, j't'apporte mon épaule, trouveras-tu quelque chose à dire ?
J'ai l'cœur en manque, maman m'rappelle, j'ai honte de la laisser sur répondeur

[Saïf]
La mort est la sœur de la vie et, chez nous, elle rôde, normal qu'elle ait peur, ma mère
Aucun diamant n'sera assez beau pour elle, même si je creusais toute la terre
Son épaule gauche pèse deux tonnes, ce fou déconne, le soir, il parle à son fer
Se confie à lui, khoya, c'est son frère, le suivra dans la merde, elle est belle l'affaire

[Khali]
Y a pas d'remise, si tu veux ton bonheur, tu passes à la caisse (tu sais c'est laquelle)
Elle aime pas mon job mais elle fait avec, ou elle f'ra avec, ou je f'rai sans elle
Assez tôt, des mots manquent à l'appel (assez tôt-, assez tôt, des mots manquent à l'appel)
La dépression, j'connais mais j'l'invoque jamais (la dépression, j'connais, j'l'invoque jamais, hm)
Les premiers d'la classe ont finit par tartiner, les wess-wess ont fini par prendre du terrain
On parlait d'gâchette, on parlait pas de R1, l'monde est à nous, on partage plus le terrain
L'ange de gauche, il a plus d'encre, depuis quand j'dois répondre poliment
Quand m'sieur l'agent m'demande j'fais quoi de ma vie vers Paris-centre
À part faire l'intéressant, j'ai jamais décrit ma peine pour plaire à l'audimat, j'me plonge dans ma haine et j'écris un cauchemar
J'ai fait comme il fallait, j'ai fait comme il devait, j'ai visé le million comme si je le valais
Papa passait sa vie à pousser des palettes, à montrer quel humain il ne fallait pas être
J'suis devenu un peu de ça (ça), beaucoup de lui (lui), maintenant il apprend à m'en parler
Eh Saïf, j'me sens vide d'vant le mraya, j'me suis dit : "J'ramène Saïf, m3aya"
On est nés condamnés d'vant un grillage (grillage), Papa prie, priera et pria
Et j'suis un homme, j'veux garder mes émotions (émotions), AMG, le moyen d'locomotion ('motion)
Alléger mes parents du poids qu'j'ai engendré, voilà la cause de toute ma dévotion, oh

[Khali]
J'm'en remets pas, j'm'en remets pas, va falloir me laisser ici
Vu mon état, cette mosseba ne va pas me laisser en vie
J'te tends ma main, j't'apporte mon épaule, trouveras-tu quelque chose à dire ?
J'ai l'cœur en manque, maman m'rappelle, j'ai honte de la laisser sur répondeur

[Saïf]
La mort est la sœur de la vie et, chez nous, elle rôde, normal qu'elle ait peur, ma mère
Aucun diamant n'sera assez beau pour elle, même si je creusais toute la terre
Son épaule gauche pèse deux tonnes, ce fou déconne, le soir, il parle à son fer
Se confie à lui, khoya, c'est son frère, le suivra dans la merde, elle est belle l'affaire

Que racontent les paroles de la chanson La soeur de la vie de Saïf ?

Ce que l'on n'efface pas

Il y a quelque chose d'immédiatement familier dans l'ouverture en "la lalala" — presque une comptine, une mélodie que l'on fredonnerait sans y penser. Et puis les mots arrivent, et tout bascule. Saïf entre dans le vif sans prévenir : une mère qui ne reconnaît plus son fils, un gamin de 84 (le code postal, le quartier, l'identité) qui cherche à se faire respecter par tous les mauvais moyens, et la phrase qui résume tout avant même qu'on l'ait compris — "de toute notre vie, on n'a jamais pris l'bon sens".

La chanson se déroule comme une conversation entre deux hommes qui ont grandi dans le même monde et en portent les mêmes cicatrices, sans que l'un puisse vraiment sauver l'autre. Saïf décrit le vertige de l'adulte qui regarde ses rêves d'enfant partir en fumée — littéralement, puisqu'il les compare à cette fumée qu'il recrache par la fenêtre. Il y a quelqu'un qui lui dit avoir des voix dans la tête, et lui ne peut pas aider parce qu'il a "l'même problème". Ce moment-là, bref, presque jeté entre deux rimes, est l'un des plus dévastateurs du texte.

Des mains tendues dans le vide

Khali prend le relais dans le refrain et la température monte encore. "J'te tends ma main, j't'apporte mon épaule, trouveras-tu quelque chose à dire ?" — la question reste sans réponse, suspendue. Il laisse sa mère sur répondeur par honte, et cette honte-là est peut-être la plus humaine de toutes les émotions du morceau. Pas la colère, pas la fierté blessée — juste cette incapacité à décrocher quand on sait qu'on n'a rien de bon à annoncer.

Son couplet creuse ensuite dans l'héritage paternel avec une lucidité qui fait mal : un père qui poussait des palettes toute sa vie, "à montrer quel humain il ne fallait pas être", et un fils qui confesse être "devenu un peu de ça, beaucoup de lui". La réconciliation est là, incomplète, maladroite — "maintenant il apprend à m'en parler".

Ce qui attend sur le balcon

Le refrain de Saïf revient comme une clôture : la mort rôde, la mère a peur, et aucun diamant creusé du fond de la terre ne suffira à compenser ce qu'on lui a coûté. La sœur de la vie ne propose pas de rédemption. Elle propose quelque chose de plus rare : la vérité d'une génération qui tient debout sans trop savoir comment, et qui l'écrit pour ne pas l'oublier.

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