Paroles de la chanson Réquisitoire contre Daniel Cohn-Bendit par Pierre Desproges

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Paroles de la chanson Réquisitoire contre Daniel Cohn-Bendit par Pierre Desproges


Réquisitoire contre Daniel Cohn-Bendit

14 septembre 1982

Françaises, Français,
Belges, Belges,
Monsieur le président d'opérette,
Pauvre Cohn (vous permettez, Daniel, que je vous appelle Cohn),
Mesdames et messieurs les jurés, Public chéri, mon amour.

Je n'ai rien contre les rouquins.

Encore que je préfère les rouquins bretons qui puent la moule aux rouquins juifs allemands qui puent la bière. D'ailleurs, comme disait à peu près Himmler : « Qu'on puisse être à la fois juif et allemand, ça me dépasse. » C'est vrai, faut savoir choisir son camp. Enfin tout ça, c'est du passé, l'antisémitisme n'existe plus. Je veux dire que de nos jours, quand même, on peut dire qu'il y a moins d'antisémites en France que de juifs. Personnellement, je m'en fous. Je ne suis ni l'un ni l'autre. J'ai mes papiers de chrétien de gauche. Alors... tenez, regardez, ça c'est mon certificat de baptême, ça c'est mon bulletin d'abonnement à Télérama.


Mais revenons-en, si vous le voulez bien, mesdames et messieurs les jurés, au cas douloureux de cet ancien combattant rondouillard qui soupire sur ses souvenirs de guerre, en faisant pousser des laitues dans la banlieue de Francfort, à moins que j'aie mal compris le chef d'accusation. Qui êtes-vous, pauvre Cohn ? Qui est Daniel Cohn-Bendit ? J'ai posé la question à quelqu'un pas plus tard que la semaine dernière. Face à la mer, je regardais mourir l'été du haut de la superbe terrasse de la somptueuse villa balnéaire dont, l'immense fortune de ma famille me permet de jouir à mes très nombreux moments perdus. Grotesques et désœuvrés, les congés payés clapotaient misérablement à mes pieds dans leur triste cache-bonbons trop large du catalogue des trois cuisses. Je songeais tristement que parmi ces mornes quadragénaires prématurément usés par les tracasseries bureaucratiques, drogués de télévision, boursouflés de vinasse et sursaturés de ragoûts navrants, certains piaffèrent naguère sur les barricades émouvantes d'un printemps de fureur juvénile. Me tournant alors vers la jeune fille d'un de mes amis, une pure adolescente de 15 ans, de celles dont on se dit : « Ah, mon Dieu, que la femme est belle au sortir de l'enfance. Seigneur-Jésus, t'as vu ses lolos ! »


Me tournant donc vers cette frêle naïade qui rêvassait près de moi sur un transat, en parcourant « la rubrique des ovaires anxieux » dans Cosmopolitan, je lui dis :

« Dis-moi, ma petite Marie, sais-tu qui est Daniel Cohn-Bendit ?
- C'est pas la fille du groupe Téléphone ? » hasarda- t-elle.

Eh oui, mon vieux président, eh oui, mon pauv' baveux péninsulaire, eh oui, mesdames et messieurs les jurés de carnaval, il faut vous y faire. Pour cette génération, Pétain, Cohn-Bendit ou Yves Montand, c'est le passé. Au reste, à regarder de plus près, quelle différence y a-t-il vraiment entre Pétain et Yves Montand ? À la réflexion, il y en a une : Pétain, lui, au moins, y ferme sa gueule. Y donne pas son avis sur la Pologne quand on lui demande de chanter Les Feuilles mortes.


Ah, Les Feuilles mortes ! Ah, Prévert ! « En ce temps-là, la vie était plus belle, et l'Algérie plus française qu'aujourd'hui. » Maintenant, tout est changé, tout fout le camp, et Daniel Cohn-Bendit, insidieusement, sans qu'il s'en rende bien compte encore, Daniel Cohn-Bendit commence à perdre ses illusions et ses cheveux rouges.

Malgré la raideur et la dureté du cœur d'airain qui frétille sous la robe austère de la justice, je vous demanderai d'avoir quelque indulgence pour cet ancien poilu des tranchées de la rue Saint-Jacques, devenu presque impotent. Regardez-le, mesdames et messieurs les jurés ! Qui pourrait en vouloir à ce misérable déchet humain qui croupit sans grâce au ban de l'infamie, tandis que les enfants des disciples de Dany-le-Rouge se peignent les cheveux en vert pour aller pétarader en bande sur les vélomoteurs imbéciles de leur printemps petit-bourgeois ?


Cet homme, mesdames et messieurs, est à l'automne de sa vie, à la fin de son voyage. Il est bon pour l'euthanasie. Il s'étiole et se racornit comme la première feuille morte que foulent aux pieds les amants séparés qui se repoussent au bois de Vincennes ou qui s'attirent au bois de Boulogne. De plus, c'est un aliéné mental. Comme la plupart des marginaux qui ont préféré la vie communautaire au Lion's Club, et qui vivent leur mouvement alternatif sans le courant continu, cet être, mesdames et messieurs les jurés, est à l'évidence à la fois psychotique et névrosé, comme aurait dû le démontrer tout à l'heure notre excellente amie le docteur Folly et comme elle ne l'a pas fait car en vérité, je vous le dis, monsieur le président, elles sont toutes folles de ce voyou apatride dans le regard pétillant duquel elles croient lire une étrange beauté intérieure, alors qu'il s'y cache en réalité cet éclair glauque de luxure concupiscente propre aux émigrés sataniques qui viennent jusque dans nos bras pour culbuter nos filles et nos compagnes !


Oui, ma petite follette, cet homme qui mange le sein des Françaises est à la fois psychotique et névrosé. A l'intention des imbéciles et des électeurs de gauche qui nous écoutent par milliers, je rappelle la différence fondamentale qui existe entre un psychotique et un névrosé : le psychotique pense que deux et deux font cinq, et il en est absolument ravi. Alors que le névrosé, lui, sait que deux et deux font quatre, et il en est désespéré. Une définition qui vaut ce qu'elle vaut, je ne sais plus si elle est de Sigmund Freud ou de Maître Capello, de toute façon, c'est pas un con...

Pyromane en 68, paranoïaque depuis l'enfance, Daniel Cohn-Bendit semble avoir définitivement sombré aujourd'hui dans la plurigamie poly-philanthro- pique plurigame, à ne pas confondre avec la bigamie schizophrénique, dont souffre Rego (comme son nom l'indique, le bigame schizophrénique joue du piano à deux mains avec un entonnoir sur la tête).


Le 25 mai 1968, sur arrêté ministériel du regretté Christian Fouchet (je dis « regretté » parce qu'il est mort sans m'avoir rendu mon peigne), Daniel Cohn- Bendit était refoulé à Forbach alors qu'il tentait de rentrer en France pour faire encore l'andouille avec des boutonneux. Je propose, mesdames et messieurs les jurés, que nous le condamnions aujourd'hui à la même peine. Allez-vous-en, Cohn-Bendit. Allez méditer sur vos crimes en Basse-Moselle et restez-y. Après tout, mesdames et messieurs les jurés, je vous le demande en votre âme et conscience, ne vaut-il pas mieux être dévoré de remords dans la forêt de Forbach que dévoré de morbaques dans la forêt de Francfort ?

Daniel Cohn-Bendit : S'il existe quelqu'un qui a quelque chose de nouveau à dire sur le rouquin juif allemand de mai 68, qu'il le garde pour lui. Parce que c'est loin, tout ça.

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