Paroles de la chanson Réquisitoire contre Reiser par Pierre Desproges

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Paroles de la chanson Réquisitoire contre Reiser par Pierre Desproges

Réquisitoire contre Reiser

8 novembre 1982

Français, Françaises, je vous ai compris...
Belges, Belges,
Mon président mon chien,
Monsieur l'avocat plus bas d'Inter,
Mesdames et messieurs les jurés,
Public chéri, mon amour.
Bonjour ma colère, salut ma hargne, et mon courroux... coucou.

« Plus c'est pauvre plus c'est con », disait Karl Marx...

Karl Marx qui avait oublié d'être con lui-même, sinon il aurait pas écrit Mein Kampf... ou Le Capital.

Combien d'entre nous, mesdames et messieurs les jurés, combien d'entre vous, bandes de piliers de flippers gavés de coca-cola, combien d'entre vous ont lu Le Capital ? A partir du Capital, c'est la bourgeoisie qu'on assassine, mais vous vous en foutez, misérables. Peu vous chaut qu'on assassine la bourgeoisie. Vous n'en avez rien à secouer. Qui a tiré sur J. R. ? C'est ça votre problème, bande de légumineuses surgelées du cortex !

Pourtant, Dieu me tripote, n'est-ce point un devoir sacré que de lire Marx et En-gels et Lénine ? Allez-vous rester anticommunistes primaires toute votre vie alors qu'il suffît de lire Marx une fois pour devenir aussitôt anticommuniste secondaire ?

Ah, certes, Le Capital est un livre austère. C'est un peu comme l'annuaire : on tourne trois pages et on décroche...

« Plus c'est pauvre, plus c'est con ? »

Quand on observe attentivement une photographie de Jean-Marc Reiser enfant, on est frappé d'emblée par l'absence de gourmette et de pelisse de fourrure qui caractérise la vêture du sujet. Cet arrogant laisser- aller vestimentaire ne constitue-t-il point, mesdames et messieurs les jurés, le signe de ralliement ostentatoire des pauvres ?

« C'est à ses vêtements élimés qu'on reconnaît le communiste », disait le regretté Heinrich Himmler, qui était toujours très propre sur lui. Himmler, je le précise à l'intention des jeunes et des imbéciles, n'était pas un gardien de but munichois, mais un haut fonctionnaire allemand que le chef de l'État de ce pays avait plus spécialement chargé de résoudre le problème de la surpopulation des commerçants en milieu urbain, par la création de voyages organisés gratuits. C'était un homme affable, capable d'une grande concentration, mais volontiers rieur et primesautier. D avait de longues mains très blanches, il adorait les fleurs et les chiens de bergers, si possible allemands, avec pedigree.

Pendant la guerre, cet homme délicat préférait passer ses week-ends à Amsterdam plutôt qu'à Auschwitz où les apatrides pissaient sur les tulipes. « Et puis d'ail-leurs, disait-il lui-même en riant, on ne peut pas être à la fois au four et au mou-lin. »

« Plus c'est pauvre, plus c'est con. »

« D'un père inconnu et d'une mère qui faisait des ménages, j'ai grandi en Lorraine dans le monde des prolos », se vante Reiser.

Comment s'étonner, dans ces conditions, que l'enfant ait si vite mal tourné, dans un monde sans amour, sans chaleur, et, qui sait, sans magnétoscope ?

Tout petit, Jean-Marc Reiser est déjà vulgaire. Par exemple à la fin de son biberon, il rote. D'autres eussent pété. Un autre, au cœur moins sec, eût à cœur de remercier l'Assistance publique et les allocations familiales sans lesquelles le biberon du pauvre contiendrait plus de lait que de schnaps. Mais lui, non, il rote.

A l'âge de 8 ans, alors que le petit Régis Debray apprend déjà les bases du néo-romantisme castriste sur l'es genoux de Louis Aragon, Jean-Marc Reiser, lui, apprend déjà les bases du néo-scatologisme anarchiste en gagnant le premier prix du concours de châteaux de sable du Figaro grâce à son Mont-Saint- Michel entièrement réalisé en crottes de chien. (Je signale pour l'anecdote, et malgré la honte que j'en ai, que les chiens de Reiser enfant s'appelaient Rie et Rac, et que l'infâme adorait apprendre le caniveau au second en lui criant : « Vas-y, chie, Rac... »)

Quant à son père inconnu, un adjudant-chef impuissant et basané de type Pré-fontaines venu besogner en vain sa mère au-dessus de l'évier en lui vomissant dans le cou les jours de paye, ce petit saligaud ne lui disait même pas bonjour ! Alors que si ça se trouve, misérable fils indigne, c'était le soldat inconnu, votre papa.

Après tout, on peut fort bien dormir sous l'Arc de Triomphe sans avoir pour au-tant la flèche impériale et triomphale. Vous rendez-vous bien compte, mesdames et messieurs les jurés, que ce petit être insignifiant qui croupit là, sur le banc de l'infamie, et qui compte bien sur votre laxisme décadent d'Occidentaux lâche-ment boursouflés de socialisme gluant pour partir d'ici libre et serein dans un quart d'heure, malgré la plaidoirie du promoteur de poisson fumé ci-joint, vous rendez-vous compte, disé-je, avant d'être interrompu une fois de plus par moi-même, que cet homoncule harakirien d'obédience aérophagique est peut-être le fils du soldat inconnu, et que, alors même que ce père sublime d'entre les pères sublimes venait honorer sa maman, ce minuscule salopard ne le saluait même pas ? Pourtant, misérable, qu'est-ce qui vous empêchait de lui ranimer la flamme, pendant qu'il déposait sa gerbe ?

Plus tard, à l'âge pénible où l'amour et les boutons éclatent sur la figure des adolescents, Jean-Marc Reiser se fait jeter du patronage Saint-Maurice-Thorez de Longwy pour avoir mis un porte-jarretelles à la statue de Staline : « Je m'en fous d'être viré des jeunesses coco, je préfère les jeunesses caca », dit-il au gentil organisateur, avant de s'inscrire successivement au CERES, aux francs-maçons, aux Jeunes Giscardiens, pour finir à l'amicale des constipés pensifs du journal Le Monde où ses nombreuses relations scatophages parmi les sommités ano-rectales inhibées de cet éminent quotidien lui permettent rapidement d'entamer une luxuriante carrière d'humoriste graphique. Aujourd'hui encore - mais qui le sait? - c'est Reiser qui dessine la désopilante carte de France météorologique du Monde qui fait hurler de rire tous les jours des milliers de lecteurs. Pour s'en con-vaincre, il suffit de prendre n'importe quel avion d'Air Inter et de regarder le troupeau des cadres supérieurs abrutis qui sont parqués dedans. Il y en a toujours un qui se marre. C'est celui qui a compris le bulletin météo. Les autres, pendant que leurs femmes vont essayer des culottes de soie dans les magasins de Passy avant d'aller revoir Histoire d'O sur les Champs-Elysées, se lamentent sur le tassement des bourses. Qui plaindra le malheureux cadre supérieur, sans cesse tiraillé entre son taux de cholestérol et la chute de Wall Street où l'indice Dow Jones est retombé jeudi en dessous de la barre des 900 pendant que l'indice de la compagnie des changes restait inchangé alors que le franc français face au mark sur la scène monétaire après l'enquête de conjoncture de l'INSEE... Est-ce que vous croyez que c'est rigolo pour un cadre aéroporté de rester frileusement à l'abri de la barre des 100 tandis que sa bourgeoise se fait frileusement défoncer la vertu à l'abri de la barre d'Émile ?

Cher Reiser, dans son œuvre impie, le cynisme et la trivialité graveleuse le disputent à l'ineptie pathologique d'un monde fantasmagorique répugnant, qui se gausse des plus sombres misères humaines et souille, dans le même bain de fange nauséeuse et d'inextinguible haine, Dieu, les anciens combattants, les syndicats, l'Église, les déportés, ma sœur, la semaine de trente-neuf heures, les congés payés, la SPA, la bombe atomique et même madame Grâce Kelly qui, je l'espère, n'est pas à l'écoute aujourd'hui, elle qui a horreur de la vulgarité.

Tout cela est absolument navrant de la part d'un garçon intelligent qui, s'il avait bien voulu pousser jusqu'à l'ENA au lieu de rester pauvre, aurait pu, qui sait, de-venir un jour dégustateur chez monsieur Lotus ou chef de cabinet chez monsieur Jacob Delafon.

Donc Reiser est coupable, mais son avocat vous en convaincra mieux que moi.

Jean-Marc Reiser: Le contraire de Jacques Faizant, c'est-à-dire intelligent, talentueux, grossier, obsédé sexuel, écologiste, pathétique, sensible, fin et mort.

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